Néachronical, Tome 1 : Memento Mori.




Auteur : Jean Vigne
Editeur : Editions du Chat Noir, collection Griffe Sombre
Parution : Juin 2014
Pages : 316


RESUME :

Après avoir fait le mur pour aller à un rendez-vous nocturne, Néa, 15 ans, se réveille à demi-embourbée dans les marais locaux. Sur le chemin du retour, l'esprit embrumé, elle tente de rassembler des souvenirs qui lui échappent. D'autant plus qu'une fois chez elle, ses parents, sous le choc, lui apprennent que son absence a en fait duré plus de cinq ans.
C'est désormais une jeune femme qui doit reprendre sa vie là où elle s'était arrêtée, c'est à dire au lycée. Seulement, le fossé avec ses camarades se creusent de jour en jour, pas seulement à cause de l'âge, mais également parce qu'une série d'événements inexplicables la rend différente du lycéen lambda. Et du genre humain…

Maintenant, Néa n'a plus qu'une idée en tête : retrouver la mémoire afin de comprendre ce qu'il lui arrive.


CHRONIQUE :

Memento mori :  « Souviens-toi que tu mourras ».

« Bien entendu, comme d'habitude, les réponses sont inscrites aux abonnés absents. Je fouille dans ma mémoire... résultat, nothing, nada, rien, pas le moindre souvenir. »

Voici Néa. Néa confrontée à un "léger" problème : se réveiller au milieu de nulle part avec un grand blanc dans son emploi du temps des dernières heures. Légèrement embarrassant et peu pratique, surtout lorsqu'on se relève au milieu d'un marais peu ragoûtant… Petit check de sa mémoire. 15 ans. Anniversaire. Fête. Parents absents. Fête qui dégénère. Parents présents. Emmerdes en perspective. Bingo : grosse engueulade. Punitions. Chambre. Faire le Mur. Retrouver Justin. Retrouver Justin….. Retrouver… Merde… Trou noir…

Voilà donc comment la jeune fille se retrouve au bord de la route à faire du stop pour rentrer chez elle. S'attendant à se prendre un savon, la réaction de ses parents est encore plus surprenante : sa mère s'évanouit tout simplement en lui ouvrant la porte. Drôle d'idée ? Pas tant que ça lorsque l'on apprend que l'absence de la jeune fille n'a pas duré quelques heures mais… 5 ans. Cinq putains d'années de vide absolu dans le cerveau de Néa, maintenant devenue une jeune adulte de 20 ans. D'ailleurs, difficile de concilier ce physique d'adulte avec une expérience d'ado…

Pourtant Néa va vouloir reprendre le cours de sa vie, retourner au lycée. Evidemment ce n'est pas facile quand les gens vous regardent comme une bête de foire. Ca le devient encore moins quand lesdits gens commencent à tomber comme des mouches autour de vous.
Diable, mais que s'est-il donc passé durant ces 5 années ? Qu'est-elle devenue ? Néa le comprend : elle n'est plus humaine. Mais qui est-elle ? Comment ? C'est ce qu'elle va tenter de découvrir en se mettant à la recherche de sa mémoire.

Le personnage de Néa est vraiment très intéressant, j'ai adoré cette héroïne qui n'a pas sa langue dans sa poche et dont le courage ne semble pas avoir de limite (bien que quelques changements dans son corps expliquent cette témérité poussée). Elle évolue au fil du roman et de ses découvertes. Punchy, caustique, sarcastique et véritable emmerdeuse, elle avoue d'ailleurs avoir été, à 15 ans, la pétasse parfaite. Mais voilà, la vie l'a changée. Le cœur de pierre et la vengeance à fleur de peau, il ne fait pas bon de se trouver sur son chemin. Car dans l'univers de Néa… l'enfer est revenu sur terre.

« ― Salut.
Je m'arrache à mes pensées peu constructives et dévisage l'auteur de la phrase du jour.
― Salut.
Restons dans le laconique.
― Je m'appelle Brian.
Le garçon m'offre un sourire qui, au vu de sa belle frimousse, ressemble à un appât attrape greluche, du genre fourre-toi dans le lit et moi, je me charge de te fourrer autre chose. La synthèse même de ce que je déteste chez un type. Alors, est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi je lui réponds ?
― Néa.
― Néa... c'est un chouette prénom. Ça me fait penser à...
Il lève les yeux, réfléchit une poignée de secondes et achève son monument d'imbécillité d'un pathétique :
― Léa.
OK, monsieur n'a pas fait Polytechnique, mais plutôt pyrotechnie avec sa cervelle de crabe.
― Tu es redoublant, je présume.
Ma répartie le scotche.
― Pourquoi, ça se voit tellement ?
― Non, juste un peu. »


Sa quête la poussera à faire de bien étranges découvertes, comme cette empathie réciproque avec les animaux, ces drôles de songes, ces conversations avec les fantômes perdus, cet état étrange qu'elle provoque chez les gens lorsqu'elle les touche, et d'autres petites capacités encore…

L'auteur utilise différents points de vue, le premier et principal étant celui de Néa. Mais nous suivons aussi les mésaventures de la petite Juliette, quatorze ans, kidnappée par Bezan et sa bande. Terrorisée, maltraitée au-delà de tout, la petite est persuadée qu'elle va mourir. Bezan and Cie sont vraiment les malfrats par excellence, l'âme corrompue et le cœur mauvais. A côté, la fragilité et l'innocence de Juliette donnent un contraste poignant…

Car niveau ambiance, il faut avouer que l'on n'a pas une seconde de répit, pas le temps de s'ennuyer, entre l'humour noir et décalé de notre jeune bizarrerie de la nature et les différentes scènes d'action. Je déconseille cette lecture aux plus jeunes et sensibles, car le côté sombre et malsain est très présent dans ce livre. Pour les autres, c'est un vrai régal. Des jeunes filles torturées, des lieux glauques, l'auteur n'épargne ni ses protagonistes, ni ses lecteurs. Le résultat est très réussi, car ce livre tient vraiment en haleine. Il s'agit d'un véritable thriller thrash, qui vous fera frémir pour vos personnages.

Les recherches de Néa vont la pousser au-delà du tolérable, à la rencontre de loubards vraiment pas fréquentables…

"Il se penche sur moi, je peux sentir son haleine puante. Sa main glisse sur la peau de mon bras, remonte sur mon cou.
― T'inquiète, ma belle, tu souffriras à peine.
Son sourire accompagne cette expression machiavélique affichée sur son triste visage."


Qui que soient les responsables de son état actuel, ils paieront, Néa se le promet. Un final époustouflant, mais dur en émotions, qui signe aussi… le commencement de sa guerre.

« ― [...], avant de mourir, j'aimerais connaître la vérité.
― Avant de mourir ? Qui t'a dit qu'on allait te faire du mal ?
Petit sourire en coin, aussitôt descendu par ma réplique assassine.
― Lorsque je parlais de mourir, je voulais simplement préciser, avant que je ne te crève, imbécile. »


L'auteur nous offre une plume dynamique et efficace, mais pourtant belle et poétique, et s'immerge totalement dans le langage et la société des ados d'aujourd'hui pour nous conter ces aventures, ce qui rend le tout encore plus réaliste… et terrifiant. Même moi qui ne suis pas sensible à ce genre de scènes, je n'ai pu m'empêcher de ressentir de la crainte et de l'appréhension quant au sort des personnages. Les chapitres, courts et rythmés, vous poussent insidieusement à tourner les pages afin d'en savoir plus (merci les réveils difficiles ;)  ).
Si je devais lui trouver un petit défaut, c'est une petite répétition d'une ou deux scènes due au fait, que, retrouvant la mémoire, Néa recolle les morceaux et la chronologie de sa vie. Et vu les découvertes qu'elle fait, ce petit défaut est bien dérisoire.

Jean Vigne signe ici un roman d'une originalité surprenante, aux accents de thriller fantastique sombre et gothique, qui vous poussera à dormir lumières allumées… Une pure merveille.

                                                                                                Souviens toi que tu mourras.


PS : je salue avec plaisir le trait d'humour et d'autodérision que nous offre Jean Vigne sur lui-même et son roman Désolation lors d'un passage du livre.


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Trailer : 

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